• In the beginning there was Jack
    And Jack had a groove
    And from this groove came the groove of all grooves
    And while one day viciously throwing down of his box
    Jack boldly declared
    Let there be house
    & house music was born. 

    Rhythm Controll,
    My House
  • Le job du DJ quel que soit le lieu qui abrite son action, quel que soit le montant du cachet qu’il met dans sa poche après une nuit de travail, c’est de faire danser le public.

    Laurent Garnier,
    Electrochoc
  • Mais comment exprimer la folie des dix dernières années en faits et en personnes ? Toutes les revues musicales célébrant les Djs et les organisateurs de soirées, tous les magazines de dance furent impuissants à rendre compte du phénomène avec authenticité. (…) Car la vraie histoire ne se trouve pas dans d’obscurs white labels ou dans les techniques des Djs et des pop stars mais dans les émotions des personnes ayant vécu ce désordre, cette absurdité, ces excès.

    Sarah Champion,
    préface de Disco Biscuits
  • C’est la que j’ai compris que 
    je voulais jouer pour un public, 
    voir les lumières napper les corps des danseurs, 
    sentir quelque chose dans l’air
    changer lentement jusqu’au basculement complet, 
    jusqu’à l’explosion de joie
    que seule la musique peut parvenir, sans heurts, à créer.

    Laurent Garnier,
    Electrochoc
  • Sven Väth

    A Paris depuis 1992, on entendait s’élever la rumeur d’un vent nouveau venant de Berlin et Francfort : la trance allemande. Sven Väth était la figure charismatique de la génération techno, originaire de Francfort, Sven était déjà une gloire nationale. Dj résident du Dorian Gray à Francfort (le premier club en Europe à avoir un sound-system conçu par Richard Long, responsable du son du Paradise Garage et du Sound Factory de New York), il avait eu la « révélation techno » en écoutant Computer World de Krafwerk. Ebloui par le groove et la précision de ce son, Sven avait fait le grand écart entre Djing et studio. Associé aux futurs membres deu groupe Snap ! il avait créer OFF (Organisation For Fun), sorte de croisement entre Depeche Mode et Kraftwerk. En 1985, OFF avait publié le single Elektrika Salsa. Succès mondial immédiat qui avait ouvert la voie à une scène pop électronique allemande : Falco, Spliff, Déjà Vu… En 1987 l’industrie musicale allemande était prête pour la nouveauté. 

    Les premiers disques de house américaine atterrirent dans les bacs des disquaires allemands et une nouvelle scène de Djs, Westbam à Berlin ou Dj Talla à Francfort, émergea. Séparé de OFF, Sven délaissa les plateaux télé et repartit s’immerger dans le clubbing, aux platines du Dorian Gray. En 1988, il racheta le club Omen avec des associés et imposa une programmation électrique. Mais en 1989 la production électronique débarquait abondamment chez les disquaires allemands. Les nouveautés new beat, acid-house et techno se bousculaient chaque semaine, et il était désormais possible de proposer des Djs sets de huit heures en programmant ces nouveaux sons sans jamais se répéter. A l’Omen, Sven créa la première soirée allemande totalement dédiée à la house et à la techno (Let’s Sweat, Keeep your Body Wet), pour laquelle le public se déplaçait chaque vendredi de toute l’Allemagne. A Berlin, s’amplifiait la rumeur d’une autre soirée mythique, UFO, organisée par les Djs Westbam et Dr Motte.

    Le 9 novembre 1989 le mur de Berlin tomba et la techno devint la bande-son de l’Allemagne réunifiée.

    En juillet 1989 (soit quatre mois avant la chute du Mur), Dr Motte et Dj Kid Paul, eurent l’idée folle de louer un camion, d’y installer un sound-system et de se balader sur le Kurfürstendamm, l’une des artères centrales de Berlin. Le mot circula dans le microcosme house berlinois et pendant quatre heures, cent cinquante ravers se retrouvèrent à danser derrière un char en plein centre-ville. Le mot d’ordre était clairement hippie : 

    « Peace, Love, Unity & Respect for one another. » 

    Ce jour-là naissait la Love Parade.

  • Jeff Mills

    En 1979, j’avais 13 ans. Mon frère aîné était Dj depuis plusieurs années. Il me laissait m’entraîner chez lui, sur son matériel. Ensemble, on a commencé à envoyer des cassettes de mix à des radios de Detroit. C’est une démarche qui ne se faisait pas à l’époque. Sur ses conseils, en une année, j’ai dû envoyer une quinzaine de démos à la radio WDRQ sans jamais recevoir de réponse. Quand mon frère a décidé d’arrêter le Djing, il m’a légué son équipement et sa discothèque. J’ai installé tout ça dans ma chambre. Je m’entraînais plusieurs heures par jours.

    Puis mon frère m’a présenté des gens influents dans le milieu de la nuit de Detroit. Et arrangé un rendez-vous dans un club de Dowtown, le Lady, afin que je sois auditionné. Comme je n’avais pas l’âge légal pour entrer dans ce club, (vingt et un ans), j’ai dû passer par la porte de service et ramper jusqu’à la cabine Dj pour ne par être vu par la sécurité. Il était à peine 22h, le club était déjà bondé. Les patrons et Djs résidents du club m’ont rejoint dans la cabine. 

    On m’a dit : « Montre-nous ce que tu sais faire ! »

    J’ai débuté mon mix en exécutant une figure qu’ils n’avaient jamais vue auparavant : entamer le set en plein milieu du break d’un disque, pour jouer ensuite avec une deuxième copie le début de ce même morceau. Je venais de gagner mon billet pour la semaine d’après. Les gérants du club ont accepté de me former. 

    J’ai appris comment fidéliser un public sur tel ou tel disque (jouer un segment du disque, l’enlever, le rejouer une heure plus tard et ainsi construire un tube), quel genre de disques je devais toujours avoir dans mes caisses afin d’anticiper toute situation, quelsdisques pouvaient servir de transition, etc. En un mot j’ai appris la psychologie du dancefloor. Un enseignement auquel beaucoup de musiciens et Djs de Detroit n’ont jamais eu accès.

  • Laurent Garnier

    Une nuit, à Berlin, je devais jouer dans un club pour une soirée organisée par Miss Kittin, une Djette techno grenobloise expatriée en Allemagne, une artiste passionnée de musique, vibrante et rare. 

    En pénétrant dans ce club drapé de rouge, je trouvai un son d’excellente qualité, un public motivé, et je ressentis sur-le-champ une énergie que je n’avais pas flairée depuis longtemps. Il était tôt sur les fuseaux horaires du clubbing, autour de minuit. Miss Kittin assurait la première partie. Me plaçant au centre de la piste de danse, les yeux fermés, à écouter le son pendant plusieurs minutes, j’ai senti grandir en moi un bien-être immense. 

    Puis je me suis dirigé vers la cabine pour préparer mes disques, j’ai commencé mon set et, dès le premier titre, je me suis senti planer – ou c’était tout comme – au-dessus du public. L’énergie présente était telle que j’ai joué sept heures d’affilée, jusqu’au matin, programmant des disques techno, deep-house, drum’n’bass, hip-hop, électro, rock ! Tout !

    A 7 heures du matin, il y avait encore deux cents personnes, épuisées mais refusant de partir. Il ne restait plus que l’album Kid A de Radiohead dans mes caisses. Je leur ai offert ça, un disque de pop d’avant-garde, pour dire « merce et au revoir » - sur un entremêlement de saxo hystérique et de basse saturée, avec la voix éthérée de Tom Yorke qui semblait hanter le club. 

    Les danseurs se figèrent sur le dancefloor, les bras dressés, la tête renversée, d’immenses sourires béats barrant leur visage. Un moment sublime. Le sillon du disque acheva sa course dans un crépitement, puis laissa place au silence. Les danseurs ne bougèrent pas, comme en proie à une émotion trop grande, comme s’ils craignaient de briser la magie.